Les dérapages contrôlés du débat sur l'identité "nationale"
L'appel de Mediapart : "Nous ne débattrons pas"
17/12/2009
Hier soir, le Président - que notre République doit encore souffrir - s'est ému des dérapages occasionnés par le débat qu'il a lancé sur l'identité "nationale".
Pourtant, nul n'est besoin d'être extralucide pour comprendre que ces dérapages sont des conséquences prévisibles et prévues de ce débat.
Tel élu UMP de déclarer "ils sont déjà 10 millions d'immigrés payés à rien foutre", telle réunion organisée avec Nadine Morano et le biographe officiel de Maurice Barrès où elle demande aux musulmans d'arrêter de "parler verlan et de porter la casquette à l'envers"... Cela ne s'arrêtera pas avec les regrets tardifs de M. Sarkozy.
Cela ne peut s'arrêter qu'en arrêtant ce débat inacceptable. Et injustifiable, surtout quand Sarkozy lui-même le dit nécessaire parce qu'il y aurait des "problèmes d'intégration".
C'est parce que ce débat déplace le normatif de la République vers la Nation qu'il est dangereux. Il nous demande "êtes-vous plus ou moins français que moi ?" là où il vaudrait mieux demander "respectez-vous la loi de de notre République ?"
Une partie de la droite commence aujourd'hui à réagir et à prendre conscience, comme la gauche républicaine, du piège dans lequel les valeurs républicaines fondamentales et la tradition assimilatrice de la France sont en train de tomber.
Des décennies à consolider notre socle républicain et en enseigner les valeurs luttent aujourd'hui contre un plan de communication à balles réelles dans un contexte propice aux communautarismes et une conjoncture sociale tendue.
Un mélange de nitrate de sodium et de glycérine.
"Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C'est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l'identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu'il n'est ni libre, ni pluraliste, ni utile.
Il n'est pas libre car c'est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n'est pas pluraliste car sa formulation réduit d'emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n'est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers.
Affaire publique, la nation ne relève pas de l'identité, affaire privée. Accepter que l'Etat entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire, à l'autoritarisme et à la soumission.
La République n'a pas d'identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C'est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l'égalité des droits et de la fraternité des peuples."
> signer l'appel sur le site :
